Le rêve d’Adeline

Adeline, 30 ans, vit à Londres, et part pour bientôt à Rome. Elle travaille dans l’humanitaire et a choisi le mot « Optimisme » pour se définir.

« Pour plein de choses que j’ai faites, quand je les raconte, les gens me regardent avec des étoiles dans les yeux. »

Lorsque tu étais enfant, quel était ton rêve ?

Comme je disais avant, je ne sais pas si c’était un rêve ou une aspiration. Quand on est enfant, c’est sûrement des rêves. La première chose dont j’arrive à me souvenir, je voulais devenir la première Présidente de France. Ce n’est pas que j’avais de grandes aspirations, comme d’avoir plein de pouvoirs ou d’être mégalomane.  Mais mon rêve, c’était dans le cas, où j’aurais ce type de position un jour, d’avoir le pouvoir de rendre tout le monde heureux. Que plus personne ne meurt de faim et que tout le monde ait ce dont il a besoin. C’est très utopiste. J’ai vite changer d’avis après, la politique, ce n’est pas pour moi.

As-tu déjà réalisé un de tes rêves ? Si oui, lequel ?

Je ne sais pas trop quoi définir comme un rêve. Il y a très longtemps, j’avais rédigé une bucket list.  En français, la liste de ses rêves. L’idée, c’est de les écrire et de les réaliser au fil de sa vie. Mais en même temps, un rêve, on a souvent l’impression, que c’est quelque chose d’inatteignable. Au final, quand tu mets tous tes rêves sur une liste, comme cela, et qu’au final tu en fais plein, ils sont réalisés, donc ce n’est plus vraiment des rêves.

Pour plein de choses que j’ai faites, quand je les raconte, les gens me regardent avec des étoiles dans les yeux. Et pour moi, c’est devenu une réalité. Je suis super contente de les avoir faites. Et je me rends compte que si on se donne les moyens, ce n’est pas si compliqué que ça de faire ces choses. En tout cas dans le milieu dans lequel j’ai grandi, un milieu assez privilégié.

J’ai réalisé plusieurs de mes rêves, j’ai fait un saut en parachute. Un de mes rêves de gamine, c’était de partir vivre au Pérou, et de goûter la boisson, qui s’appelle Inca Kola, d’aller voir la rivière qui s’appelle Ucayali. Et j’ai réalisé toutes ces choses là. La rivière Ucayali, j’ai juste vu la fin de la rivière, qui s’engouffre dans le fleuve Amazone. Je n’ai pas pu faire le petit bout de voyage que je voulais faire sur la rivière elle-même, pour des questions de météo. J’ai habité au Pérou, je parle espagnol, j’ai bu de l’Inca Kola, qui est immonde, mais je l’ai goûté. J’ai vu le Machu Picchu, et tout ça.  Ce sont des exemples…

Quel est ton rêve aujourd’hui ?

C’est la question la plus difficile. D’un point de vue professionnel, mon rêve, ce serait de réussir à continuer à travailler dans mon secteur, sans perdre mon optimisme et mon objectif d’aider les gens. Même si aujourd’hui, je suis dans un bureau toute la journée, je suis assez éloignée des gens qui ont besoin d’aide, mais en soit, ce que je fais, ça les aide quand même.

Parce qu’il y a beaucoup de personnes qui travaillent dans le secteur humanitaire, depuis quinze vingt ans, qui deviennent un peu amer, car ils se rendent compte que les choses sont tellement lentes pour que cela change, et qu’au final, il y a tellement peu de choses qui changent.  Que des fois ce que tu fais, c’est une goutte d’eau, voire une demi-goutte d’eau dans l’océan. Du coup, cela a un côté très frustrant, et cela peut être difficile. Aussi de voir toutes les choses négatives, qui se passent partout dans le monde, parce qu’on parle de ça au quotidien dans notre travail. Je ne sais pas si c’est un rêve, encore une fois, mais j’espère que cela ne m’affectera pas, et que je garderai mon optimisme et ma volonté d’aider les autres, d’ajouter une pierre à l’édifice.

Côté personnel, mon rêve c’est de trouver un endroit où j’aurais envie de me poser, et de créer mon petit bout de vie dans cet endroit-là. Parce que cela fait huit ans, que je bouge tout le temps, que je change de pays. C’est génial, et je rencontre des gens supers, et je garde des liens d’amitiés avec les personnes qui me sont les plus chères. C’est quand même difficile dans certains moments. Et je sais que je veux continuer à voyager, mais qu’un jour, je voudrais me poser, mais je ne sais pas où, je n’ai pas encore trouvé ce lieu.

Quelles sont les personnes qui te soutiennent dans la réalisation de ton rêve ?

La liste est longue. Ma famille la plus proche, ils ont toujours été très compréhensifs, par rapport à ce que je fais. Parce que ce n’est pas un métier traditionnel, c’est plutôt atypique, et puis je voyage beaucoup, je vais parfois dans des pays potentiellement dangereux, ils sont tout à fait compréhensifs. Je n’ai jamais eu de freins par rapport à ça.

Mes amies, aussi, mes quatre meilleures amies, qui habitent à Paris. Elles sont plutôt compréhensives, et on arrive quand même à garder les liens grâce aux technologies, et à m’intégrer dans leurs vies qui continuent à Paris, pendant que la mienne continue ailleurs. C’est super important pour moi. Quand j’étais au Pérou, Elodie et Liliya ont acheté un appartement, je crois que toi aussi. Vous avez toutes acheté plus ou moins en même temps. Et moi, j’étais au Pérou, toujours étudiante, payée une misère, et je vivais mon rêve. Mais en réalité, c’était un peu dur.  Quand je suis revenue, et que je vous ai parlé, j’ai eu l’impression que vous aviez toutes avancé énormément dans la vie, dans la vie traditionnelle, acheter sa maison, le mariage, et ça m’avait fait un choc, car j’avais l’impression que j’étais dans un monde parallèle par rapport à vous. Dans mon domaine, comme il y a plein de gens qui vivent des choses extrêmes, d’une certaine manière, tu es confronté à certaines choses. Dans mon contexte personnel, je n’ai pas été au Soudan ou ailleurs, mais il y a quand même un décalage qui se crée, entre les gens qui « restent à la maison », au pays, et malgré ce décalage, on a quand même réussi à garder un lien très fort. Et cela pose aucun problème, donc c’est cool. Et pour moi, c’est super important. Si je n’avais pas ça, ce serait beaucoup plus dur.

Et puis, il y a Alex, mon copain, mon conjoint, peu importe le mot, la personne qui partage ma vie. C’est vrai que pendant longtemps, j’ai cru que j’étais suffisamment forte pour faire tout toute seule, mais depuis que je suis avec lui, je trouve que de tout faire toute seule, c’est dur. Et maintenant, je n’arrive pas, je ne peux pas l’imaginer le faire sans lui. Et il est partant, donc c’est cool. Il y a des réticences quand même, il faut travailler un peu. Et le rêve, c’est que je trouve un boulot qui me plaise en Asie Pacifique, et que lui puisse trouver un projet de protection d’une espèce en voie de disparition, comme ça, on travaille tous les deux, dans notre domaine, et qu’on puisse être ensemble. Et vous viendriez toutes nous voir en vacances !

Quel serait ton rêve pour la société de demain ? pour les générations futures ?

C’est une question dure. Mon rêve est trop utopiste, et la réaliste en moi me dit que c’est impossible, et que jamais on n’y arrivera dans le cours de notre vie actuelle. Mais, j’aimerais bien un monde où tout le monde a ce dont il a besoin, et où personne ne meurt de faim. Un monde où il y a beaucoup plus d’entraide et beaucoup moins de connerie, comme disait Adriana. J’aimerais un monde où les gens sont plus ouverts les uns envers les autres. Avec plus de compassion et plus d’amour. Le problème, c’est quand tu penses à cela, et que tu regardes le monde actuel dans lequel on vit, c’est un peu déprimant.  Tu te demandes comment on réussira à atteindre ça. Même si c’est un peu pessimiste de penser comme ça. J’aimerais un monde avec plus de compassion envers les autres êtres humains, mais aussi vers notre environnement, la nature. Avec les gens qu’on a au pouvoir actuellement, j’ai un peu de mal à envisager ce monde, que j’aimerais. Mais il faut rester positif, il y a des gens qui se battent, et qui obtiennent des choses, petit à petit. Il faut être patient.

Propos recueillis par Kristell L.

 

 

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